Tribune remplie de supporters ivoiriens en orange, blanc et vert agitant des drapeaux lors du match d’ouverture de la CAN 2023

L’Abidjanaise : l’histoire de l’hymne national ivoirien

Dans un stade avant un match des Éléphants, lors d’une cérémonie officielle ou le 7 août, jour de la fête nationale, vous l’entendrez forcément : L’Abidjanaise, l’hymne national de la Côte d’Ivoire. Solennel et retenu, il accompagne le pays depuis son indépendance.

Qui l’a écrit ? Pourquoi porte-t-il le nom d’Abidjan alors que la capitale politique est Yamoussoukro ? Que raconte-t-il ? Voici l’histoire, parfois méconnue, de ce chant qui ressemble au pays, et quelques conseils pour savoir comment se comporter lorsqu’il retentit.

Sommaire

  1. L’Abidjanaise en bref
  2. Un hymne né avec l’indépendance
  3. Qui a écrit L’Abidjanaise ?
  4. Pourquoi « L’Abidjanaise » ?
  5. Ce que raconte l’hymne
  6. Un hymne qui a traversé les crises
  7. Où et quand l’entendre ?
  8. Comment se comporter pendant l’hymne ?
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

L’Abidjanaise en bref

  • Adoption : loi du 27 juillet 1960, dix jours avant l’indépendance
  • Paroles : Mgr Pierre-Marie Coty
  • Musique : l’abbé Pierre-Michel Pango
  • Statut : symbole national inscrit à l’article 48 de la Constitution de 2016
  • Nom : en référence à Abidjan, capitale du pays en 1960

Un hymne né avec l’indépendance

Comme beaucoup d’États africains, la Côte d’Ivoire se dote de son hymne au moment d’accéder à la souveraineté. L’Assemblée nationale adopte L’Abidjanaise le 27 juillet 1960. Le 7 août suivant, lorsque Félix Houphouët-Boigny proclame l’indépendance lors d’une séance solennelle, l’hymne est joué par la musique de la Garde républicaine.

Il ne s’agit pas seulement d’un symbole musical. Dans un pays qui réunit une soixantaine de peuples, de langues et de cultures, l’hymne doit rassembler. Son texte parle d’espérance, d’hospitalité et de fraternité plutôt que de conquête : il dessine un cap pour une nation à construire.

La Constitution actuelle, adoptée en 2016, le consacre dans son article 48, aux côtés du drapeau orange, blanc et vert, de la devise « Union, Discipline, Travail » et du français, langue officielle. Pour en savoir plus sur les autres symboles, lisez notre article sur l’emblème et la devise de la Côte d’Ivoire.

Qui a écrit L’Abidjanaise ?

L’histoire des auteurs de l’hymne est plus surprenante qu’on ne le croit. Elle a même été réécrite plus de cinquante ans après l’indépendance.

Mgr Pierre-Marie Coty, le parolier

Né le 22 novembre 1927 dans la région d’Anyama et ordonné prêtre en 1955, Pierre-Marie Coty est l’auteur des paroles. Présenté comme le premier prêtre journaliste ivoirien, il devient évêque de Daloa en 1975, charge qu’il occupe jusqu’en 2005. Il s’éteint le 17 juillet 2020, quelques jours avant les soixante ans de l’hymne.

L’abbé Pierre-Michel Pango, le compositeur

La musique est l’œuvre de l’abbé Pierre-Michel Pango, né en 1926 à Dabou et mort en 1993. Musicien d’Église, il fut le premier curé de la paroisse Sainte-Jeanne-d’Arc de Treichville. En 2013, une avenue de Treichville a reçu son nom en hommage.

Une paternité longtemps mal attribuée

Pendant plus d’un demi-siècle, l’hymne a été officiellement attribué à deux personnalités politiques de l’époque, Mathieu Ekra et Joachim Bony. Selon la presse ivoirienne, l’œuvre de Coty et Pango était pourtant arrivée en tête du concours organisé en 1960. Mgr Coty s’en était plaint en vain.

La reconnaissance est venue en 2013 : le président Alassane Ouattara a élevé Mgr Coty au rang de commandeur de l’Ordre national, et l’abbé Pango a été distingué à titre posthume. Une réparation saluée comme la fin d’une injustice de 53 ans.

Pourquoi « L’Abidjanaise » ?

En 1960, Abidjan est la capitale du pays. La ville symbolise la modernité, le dynamisme et le carrefour des cultures : donner son nom à l’hymne, c’est ancrer le chant dans la réalité vivante de la jeune nation.

En 1983, Yamoussoukro devient la capitale politique et administrative, tandis qu’Abidjan reste la capitale économique. L’hymne, lui, a gardé son nom. C’est pourquoi on l’appelle toujours L’Abidjanaise, même si la capitale officielle a changé.

Ce que raconte l’hymne

Sans reprendre ses paroles, on peut résumer les grands thèmes de L’Abidjanaise :

  • un salut à une terre d’espérance et d’hospitalité
  • la fierté d’une dignité retrouvée avec l’indépendance
  • l’appel à bâtir ensemble le pays, par le travail et l’effort
  • la paix et la liberté, présentées comme des acquis à préserver
  • l’ambition d’être un modèle et de construire une vraie fraternité

Sa mélodie est solennelle, presque méditative, marquée par la formation religieuse de ses auteurs. Comparé à d’autres hymnes, il se distingue par son ton plus pacifique que guerrier : il célèbre une nation à construire plutôt qu’une victoire remportée. Un trait qui en dit long sur l’image que la Côte d’Ivoire voulait donner d’elle-même en 1960, et qui fait encore écho à l’hospitalité ivoirienne.

Un hymne qui a traversé les crises

La Côte d’Ivoire a connu des années difficiles : coup d’État de 1999, crise politico-militaire à partir de 2002, crise postélectorale de 2010-2011. L’hymne n’a pas été épargné par les débats.

Pendant la crise, un autre chant, L’Ode à la Patrie, a été composé à l’issue d’un concours et diffusé à la télévision. Fin 2009, la presse rapportait que le pouvoir de l’époque envisageait d’en faire le nouvel hymne national. Le projet n’a jamais abouti : en 2012, le gouvernement rappelait que rien n’avait changé dans les symboles de la République. L’Abidjanaise reste ainsi le chant commun de tous les Ivoiriens.

Où et quand l’entendre ?

  • Lors de la fête nationale, le 7 août, et des grandes cérémonies officielles
  • Lors des cérémonies de montée des couleurs dans les administrations, accompagnées par une fanfare
  • Dans les établissements scolaires, où le salut aux couleurs a été encouragé par le ministère de l’Éducation
  • Avant chaque match de l’équipe nationale, les Éléphants, moment d’émotion collective par excellence

Le moment le plus marquant reste sans doute un match des Éléphants à domicile. Lors de la CAN 2023, disputée en Côte d’Ivoire au début de 2024 et remportée par le pays hôte, des dizaines de milliers de supporters ont fait résonner les stades.

Comment se comporter pendant l’hymne ?

Pendant l’exécution de l’hymne national, on se lève et l’on reste debout, droit et immobile, tourné vers le drapeau, jusqu’à la fin. Les conversations s’interrompent et l’on évite de téléphoner ou de filmer de façon ostentatoire.

Les symboles nationaux sont pris très au sérieux. En janvier 2026, un animateur a été condamné à de la prison ferme pour avoir publié une vidéo où il piétinait le drapeau. En tant que visiteur, le respect de ces moments est aussi une façon de montrer votre considération pour le pays qui vous accueille.

Points forts

  • Adopté le 27 juillet 1960
  • Paroles de Mgr Pierre-Marie Coty
  • Musique de l’abbé Pierre-Michel Pango
  • Un hymne de paix et d’espérance
  • À entendre lors des matchs des Éléphants

Questions fréquentes

Qui a écrit l’hymne national ivoirien ?

Les paroles sont de Mgr Pierre-Marie Coty et la musique de l’abbé Pierre-Michel Pango. Longtemps attribué à Mathieu Ekra et Joachim Bony, l’hymne a vu sa paternité reconnue officiellement en 2013.

Quand l’hymne a-t-il été adopté ?

Le 27 juillet 1960, par l’Assemblée nationale, dix jours avant l’indépendance du 7 août 1960.

Pourquoi s’appelle-t-il L’Abidjanaise ?

Parce qu’Abidjan était la capitale du pays en 1960. Yamoussoukro est devenue capitale politique en 1983, mais l’hymne a gardé son nom.

L’hymne a-t-il déjà changé ?

Non. Un remplacement par L’Ode à la Patrie a été envisagé à la fin des années 2000, mais il n’a jamais été adopté.

Que faire quand l’hymne retentit ?

Se lever, rester immobile et silencieux, tourné vers le drapeau, jusqu’à la fin.

Sources

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