Pont de lianes de Lieupleu suspendu au-dessus d'une rivière, près de Danané

Les ponts de lianes de l’Ouest ivoirien : un patrimoine en péril

Suspendus au-dessus des rivières de l’Ouest ivoirien, les ponts de lianes fascinent les voyageurs depuis des décennies. Tressés à la main avec des lianes géantes, construits de nuit par des initiés, entourés de légendes et d’interdits, ils comptent parmi les curiosités les plus mystérieuses de la Côte d’Ivoire.

Mais ce patrimoine est aujourd’hui en grand danger. Crues, déforestation et perte du savoir-faire ont eu raison des ponts les plus célèbres. Voici tout ce qu’il faut savoir pour comprendre ces ouvrages, connaître leur situation réelle et découvrir la région autrement.

À savoir avant de partir : le pont de Lieupleu a été emporté par une crue du Cavally les 5 et 6 septembre 2025. Selon Fraternité Matin, aucun des grands ponts de la région n’était praticable en octobre 2025. Le gouvernement a annoncé leur réhabilitation, mais nous n’avons pas trouvé de confirmation du début des travaux : renseignez-vous sur place avant d’organiser votre visite.

Sommaire

  1. Qu’est-ce qu’un pont de lianes ?
  2. Une construction entourée de mystère
  3. Les ponts les plus connus
  4. Un patrimoine en péril
  5. Quel avenir pour les ponts de lianes ?
  6. Découvrir la région en attendant
  7. Conseils pour une visite respectueuse
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Qu’est-ce qu’un pont de lianes ?

Un pont de lianes est une passerelle entièrement végétale. De longues lianes sont tressées pour former un tablier et deux rambardes, puis accrochées en hauteur aux branches des grands arbres des deux rives. L’ensemble, souple et léger, oscille à chaque pas au-dessus de l’eau.

Ces ouvrages servaient d’abord à franchir les rivières pour rejoindre les villages voisins ou les champs, là où aucun pont classique n’existait. Ils sont devenus avec le temps un symbole du pays dan et l’une des images les plus connues du tourisme ivoirien.

Leur matière première se fait rare. Selon un reportage de Fraternité Matin publié en octobre 2025, il faut parfois trois à quatre mois de recherche pour trouver des lianes assez grosses, jusqu’aux forêts proches des frontières du Liberia et de la Guinée. Faute d’entretien régulier, un pont se dégrade vite sous l’effet des pluies et des crues.

Une construction entourée de mystère

Les ponts de lianes sont attribués aux Dan, aussi appelés Yacouba, qui peuplent la région de Man et de Danané. Leur fabrication est réservée à des initiés, des hommes d’âge mûr qui se transmettent la technique dans le secret. Le travail se fait de nuit, sur un site interdit aux non-initiés : au petit matin, les villageois découvrent l’ouvrage achevé.

La légende de l’araignée

La tradition raconte que les ponts sont construits avec l’aide des esprits de la forêt. Une araignée géante, appelée Tonin selon les récits recueillis par Fraternité Matin, aurait appris aux ancêtres à tisser une toile au-dessus de l’eau. C’est elle que l’on dit à l’origine de ce savoir-faire unique.

Les règles de la traversée

Traverser un pont de lianes n’est pas anodin : le passage obéit à des interdits, dont le non-respect attirerait le malheur selon la croyance locale.

  • traverser pieds nus, sans chaussures
  • ne pas mâcher de chewing-gum
  • ne pas porter de talc sur la peau
  • éviter les vêtements rouge écarlate

Ces règles font partie de l’expérience. Les respecter, c’est aussi montrer du respect pour les communautés qui ont construit et entretenu ces ponts pendant des générations.

Les ponts les plus connus

Il existait encore une dizaine de ponts de lianes en pays dan au début des années 2010. Trois d’entre eux ont fait la réputation de la région.

Le pont de Lieupleu

Le plus visité franchissait le fleuve Cavally près du village de Lieupleu, à une vingtaine de kilomètres de Danané et à environ 80 km à l’ouest de Man. On y accédait par une route goudronnée puis quelques kilomètres de piste à travers les plantations de cacao. Il attirait autrefois environ 4 000 touristes par an, qui s’acquittaient d’un droit de passage de 2 000 FCFA.

Coupé pendant la crise de 2010-2011, il avait été réhabilité et rouvert en janvier 2014. Les 5 et 6 septembre 2025, des pluies torrentielles ont fait monter le Cavally, qui l’a emporté : il ne resterait que les deux grosses cordes principales. Les habitants de Lieupleu et de Douépleu, qui l’empruntaient pour rejoindre leurs plantations, ont appelé les autorités à l’aide.

Le pont de Vatouo

À une trentaine de kilomètres de Danané, le pont de Vatouo était réputé pour sa hauteur et sa longueur, de 80 à 100 mètres selon les sources. Reconstruit en 2022 après un effondrement, il n’en restait plus que deux cordes en octobre 2025, d’après Fraternité Matin : les habitants traversent désormais la rivière en pirogue.

Le pont de la cascade de Man

Le plus facile d’accès se trouvait à Zadèpleu, sur le site de la célèbre cascade, à quelques kilomètres de Man. Réhabilité vers 2010 avec l’appui de l’ONUCI, il a été détruit par une tornade moins d’un an plus tard. Rafistolé tant bien que mal, il était impraticable en 2021 et, selon la presse, détruit depuis plusieurs années en 2025. La cascade, elle, se visite toujours.

Un patrimoine en péril

La disparition des ponts de lianes n’est pas due à un seul événement. Les reportages publiés depuis 2011 décrivent un faisceau de causes :

  • les crues des rivières, de plus en plus violentes, comme celle du Cavally en septembre 2025
  • la déforestation au profit du cacao, du café et de l’hévéa, qui rend les lianes géantes très rares
  • la rupture de la transmission : les initiés vieillissent et les jeunes se détournent de la tradition
  • les crises de 2002 et de 2010-2011, qui ont vidé la région de ses visiteurs
  • le manque d’entretien et la concurrence des ponts en béton construits juste à côté

Pour les villages, la perte est double : un patrimoine culturel disparaît, et avec lui une source de revenus tirée du tourisme.

Quel avenir pour les ponts de lianes ?

Le 27 septembre 2025, à Man, lors de la Journée mondiale du tourisme, le ministre du Tourisme Siandou Fofana a annoncé un plan pour la région du Tonkpi : réhabilitation des ponts de lianes et des sites menacés, plantations forestières pour régénérer les lianes, aménagements au pied des cascades et construction d’un hôtel. Les chantiers étaient annoncés pour janvier 2026.

La direction régionale du Tourisme a indiqué que la reconstruction du pont de la cascade était prévue, en respectant son caractère authentique. Tout l’enjeu est là : reconstruire avec des lianes et le savoir des initiés, plutôt qu’avec des câbles, pour que ces ponts restent un patrimoine vivant et non un simple décor.

Découvrir la région en attendant

Même sans pont praticable, l’Ouest ivoirien mérite le voyage. Surnommée la « ville aux dix-huit montagnes », Man se trouve à environ 570 km d’Abidjan par la route. Autour d’elle, vous pourrez :

  • gravir la Dent de Man, piton de 881 mètres, avec un guide, en une demi-journée
  • admirer la cascade de Zadèpleu, plus spectaculaire à la saison des pluies
  • observer les singes de la forêt sacrée de Gbêpleu, à quelques kilomètres du centre
  • monter au mont Tonkoui, l’un des plus hauts sommets du pays, à 1 189 mètres
  • assister, si l’occasion se présente, à une sortie de masques ou à une danse des échassiers

Pour aller plus loin, lisez notre guide des montagnes de Côte d’Ivoire, de Man aux monts Nimba.

Conseils pour une visite respectueuse

  • Renseignez-vous avant de partir, auprès de la direction régionale du Tourisme à Man ou de guides locaux, sur l’état des ponts
  • Passez par un guide de la région : il connaît les villages, les règles et les sites sacrés
  • Saluez les autorités du village et acquittez-vous des droits de visite
  • Respectez les interdits et demandez l’autorisation avant de photographier les personnes
  • Privilégiez la saison sèche, de novembre à mars, pour des pistes plus praticables
  • Restez prudent près de la frontière avec le Liberia et la Guinée et consultez les conseils aux voyageurs de votre pays

Questions fréquentes

Peut-on encore traverser un pont de lianes en Côte d’Ivoire ?

En octobre 2025, selon la presse ivoirienne, aucun des grands ponts n’était praticable. Une réhabilitation a été annoncée : renseignez-vous sur place avant de partir.

Qui construit les ponts de lianes ?

Des initiés du peuple dan (yacouba), selon un savoir-faire transmis en secret. La construction se fait de nuit, à l’abri des regards.

Pourquoi faut-il traverser pieds nus ?

C’est une règle traditionnelle. La traversée obéit à plusieurs interdits (chaussures, chewing-gum, talc, rouge écarlate) dont le non-respect porterait malheur selon la croyance locale.

Où se trouvent les ponts de lianes ?

Dans l’ouest du pays, autour de Danané et de Man, dans la région du Tonkpi. Le plus célèbre franchissait le Cavally près de Lieupleu.

Combien coûtait la traversée ?

À Lieupleu, le droit de passage était de 2 000 FCFA par personne. Les tarifs peuvent changer après une éventuelle réouverture.

Les ponts de lianes sont-ils classés à l’UNESCO ?

Non. Ils ne figurent sur aucune liste de l’UNESCO, ce qui rend d’autant plus importante leur protection au niveau national.

Sources

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