Le fleuve Bandama bordé de forêt galerie à Zuénoula, dans la région de la Marahoué

Parc national de la Marahoué : entre savane et forêt

À mi-chemin entre la savane et la grande forêt, le parc national de la Marahoué est l’un des espaces naturels les plus discrets de Côte d’Ivoire. Longtemps réputé pour ses éléphants et ses chimpanzés, il a beaucoup souffert ces dernières décennies. Aujourd’hui, l’Office ivoirien des parcs et réserves s’efforce de le reconquérir et de le restaurer.

Le visiter, c’est découvrir une nature fragile, loin des circuits classiques, au cœur du pays gouro, et soutenir les efforts pour la préserver. Voici ce qu’il faut savoir avant de partir : son histoire, ce que vous pourrez y voir réellement, et comment organiser votre visite.

Sommaire

  1. La Marahoué en bref
  2. Un parc entre savane et forêt
  3. Une faune qui a beaucoup changé
  4. Un parc en danger
  5. Reconquête et restauration
  6. Au cœur du pays gouro
  7. Que faire à la Marahoué ?
  8. Infos pratiques
  9. Questions fréquentes
  10. Sources

La Marahoué en bref

  • Création : décret du 9 février 1968
  • Superficie : environ 101 000 hectares
  • Situation : centre-ouest du pays, à l’ouest de Bouaflé, à environ 300 km d’Abidjan
  • Paysages : mosaïque de forêts et de savanes
  • Gestionnaire : Office ivoirien des parcs et réserves (OIPR)
  • Porte d’entrée : Bouaflé

Un parc entre savane et forêt

Ancienne réserve de faune, la Marahoué devient parc national par le décret n° 68-80 du 9 février 1968, qui réunit plusieurs forêts classées. Il s’étend sur environ 101 000 hectares, à cheval sur les sous-préfectures de Béfla, Bonon, Zuénoula et Bédiala, à l’ouest de Bouaflé. On y accède par l’axe qui relie Yamoussoukro à Daloa.

Sa grande particularité est sa position, à la limite entre la zone forestière du sud et les savanes du centre. Cette transition dessine une mosaïque de paysages : forêts galeries le long des cours d’eau, îlots de forêt semi-décidue et savanes boisées. C’est cette diversité qui faisait sa richesse.

La Marahoué, ou Bandama rouge

Le parc doit son nom à la Marahoué, que l’on appelle aussi Bandama rouge. Cet affluent du Bandama longe une partie de sa limite est et traverse Bouaflé. Ses berges bordées de forêts galeries offrent les plus beaux paysages de la région, surtout à la saison sèche, quand les eaux baissent.

Une flore de transition

Plus de 600 espèces végétales ont été recensées dans le parc. Dans les forêts poussent de grands arbres comme le samba, le framiré ou le tali, ainsi que des acajous. Dans les savanes, on reconnaît le lingué, le daniellia ou encore le méné, typiques des milieux plus secs. Une randonnée permet de passer en quelques heures d’un monde à l’autre.

Une faune qui a beaucoup changé

La Marahoué a longtemps abrité une faune remarquable : buffles, bongos, céphalophes, cobes de Buffon et cobes defassa, bubales, colobes et babouins. Mais la destruction de son couvert forestier a profondément modifié son peuplement.

La fin des éléphants

Au début des années 2000, on estimait encore à environ 160 le nombre d’éléphants dans le secteur. Pris en étau entre les plantations, ils entraient en conflit avec les habitants : plusieurs personnes ont été tuées. En janvier 2014, une opération menée avec l’IFAW a tenté de déplacer les derniers éléphants de la zone vers le parc national d’Azagny, sur la côte : quatre mâles ont été transférés avec succès, deux sont morts pendant l’opération.

Depuis, les éléphants sont considérés comme disparus du parc. Une étude publiée en 2020 dans la revue PLOS ONE a montré qu’ils avaient disparu de 21 des 25 aires protégées du pays étudiées. Si vous rêvez de voir des éléphants de forêt, tournez-vous plutôt vers le parc national de Taï.

Les chimpanzés disparus

Le déclin des chimpanzés est encore plus frappant. Environ 1 400 individus étaient estimés en 1995 ; il en restait moins de cinquante au milieu des années 2000, et l’espèce est aujourd’hui considérée comme disparue du parc selon le portail des grands singes de l’UICN.

Un paradis pour les oiseaux

La bonne nouvelle vient du ciel. Près de 300 espèces d’oiseaux ont été observées dans le parc, reconnu comme zone importante pour la conservation des oiseaux par BirdLife International. Parmi les espèces recherchées par les ornithologues figurent le merle métallique iris, le guêpier à tête noire et l’indicateur d’Eisentraut. Prévoyez des jumelles !

Un parc en danger

Comme plusieurs aires protégées du pays, la Marahoué a été massivement occupée par des plantations illégales, surtout de cacao, pendant les années de crise. Une étude publiée en 2008 estimait que le parc avait perdu 93 % de son couvert forestier entre 2002 et 2008. En 2016, le directeur général de l’OIPR indiquait que plus de 70 % de sa surface était occupée illégalement.

Chasse, exploitation forestière et installation de campements ont achevé de fragmenter les habitats. C’est ce qui explique la disparition des grands mammifères les plus sensibles.

Reconquête et restauration

Depuis 2018, l’OIPR mène des opérations pour reprendre le contrôle du parc. Selon l’Office, près d’un tiers des espaces occupés illégalement ont été récupérés. En 2020, il signalait le retour de petites antilopes dans certaines zones et l’interpellation de contrevenants.

Fin 2024, un comité de gestion réuni à Bouaflé a annoncé de nouveaux partenaires, la réhabilitation des pistes avec le conseil régional et un projet de valorisation touristique. En septembre 2026, un atelier tenu à Bouaflé a lancé un protocole de suivi écologique pour mesurer l’évolution de la faune et du couvert végétal et guider la restauration.

En tant que visiteur, vous pouvez y contribuer : en passant par l’OIPR, des guides agréés et des acteurs locaux, votre venue montre que ce patrimoine a de la valeur.

Au cœur du pays gouro

La région de la Marahoué est le pays des Gouro, peuple connu pour ses masques et son art du tissage. Leur danse la plus célèbre, le Zaouli, associe des masques colorés et une virtuosité de jambes étonnante. Elle est inscrite depuis 2017 sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO.

Les fêtes de village, les funérailles et les festivals sont autant d’occasions d’assister à une sortie de masques. En 2026, la première édition du Festival des arts et de la culture de Gohitafla (FESTIGO) a ainsi mis à l’honneur la musique et les traditions gouro.

Que faire à la Marahoué ?

Le parc est encore peu aménagé pour le tourisme. Les activités se font avec un guide, à organiser à l’avance avec l’OIPR.

Randonnée guidée

Parcourez à pied les paysages de transition entre savane et forêt, et apprenez à reconnaître les arbres, les traces d’animaux et les plantes utilisées par les populations locales.

Observation des oiseaux

Partez tôt le matin ou en fin d’après-midi, les meilleurs moments pour observer les oiseaux, notamment le long des forêts galeries.

Rencontrer les communautés gouro

Visiter les villages riverains, c’est découvrir un artisanat, une cuisine et des traditions étroitement liés à la forêt. Présentez-vous au chef du village et demandez toujours l’autorisation avant de photographier.

Infos pratiques

  • Accès : environ 300 km d’Abidjan, via Yamoussoukro. Bouaflé est la principale porte d’entrée ; selon la saison, un véhicule tout-terrain peut être nécessaire
  • Hébergement : il n’y a pas d’hébergement touristique dans le parc. Logez à Bouaflé, à Zuénoula ou à Daloa
  • Organisation : contactez l’OIPR à l’avance pour connaître les conditions de visite et trouver un guide agréé
  • Meilleure période : la saison sèche, de décembre à mars
  • À emporter : eau, répulsif anti-moustiques, crème solaire, vêtements couvrants, jumelles

Points forts

  • Paysages entre savane et forêt
  • Plus de 600 espèces végétales
  • Près de 300 espèces d’oiseaux
  • Culture gouro et Zaouli
  • Tourisme hors des sentiers battus

Questions fréquentes

Y a-t-il encore des éléphants dans le parc de la Marahoué ?

Non. Les derniers éléphants du secteur ont été déplacés vers le parc d’Azagny en 2014 et ils sont considérés comme disparus du parc. Pour voir des éléphants de forêt, le parc national de Taï est la meilleure option.

Où se trouve le parc de la Marahoué ?

Au centre-ouest de la Côte d’Ivoire, à l’ouest de Bouaflé, à environ 300 km d’Abidjan.

Peut-on visiter le parc sans guide ?

Il est vivement recommandé de passer par l’OIPR et un guide agréé : le parc est peu aménagé et les pistes ne sont pas balisées.

Que peut-on y voir aujourd’hui ?

Surtout des paysages de forêts et de savanes, des oiseaux en grand nombre et quelques antilopes. Le parc se découvre comme un espace en reconstruction plutôt que comme un safari.

Quand visiter la Marahoué ?

Pendant la saison sèche, de décembre à mars, quand les pistes sont plus praticables.

Sources

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